Interview

Mustapha LABIDI

membre du groupe de travail CEAUX

nous confirme cette mascarade

Un fils de Harki témoigne de son expérience au sein du Groupe de travail CEAUX

Le Conseil des Harkis du Var : Vous avez été membre du Groupe de travail « Harkis » présidé par le Préfet Dominique CEAUX, groupe appelé par les initiés « GT ». Comment avez-vous intégré ce groupe ?

 

Mustapha LABIDI : En tant que Trésorier de l’association Harkis Marne 51, j’ai été désigné lors des réunions organisées à Montpellier par le Comité National de Liaison des Harkis.

 

Le CHV : Comment le choix des membres issus de la communauté Harkie a-t-il été effectué ?

 

Mustapha LABIDI : C’est précisément le président du Comité National de Liaison des Harkis, qui sur avis de Geneviève DARIEUSSECQ [Ndlr : la Ministre des Armées, ayant chargé le préfet CEAUX de la mise en place du Groupe de travail], a proposé les membres du groupe issus de la communauté Harkie.

 

Le CHV : Quelle a été la méthode de travail mise en place ?

 

Mustapha LABIDI : Nous recevions l’ordre du jour préalablement à la réunion. C’était un ordre du jour établi pour deux jours de travail. Le premier jour, nous avions une première réunion entre membres de la communauté, puis le deuxième jour, avait lieu la réunion du GT en présence et sous la présidence du Préfet CEAUX.

 

Le CHV : Y avait-il une personne désignée en tant qu’animateur ou coordonnateur ?

 

Mustapha LABIDI : Non pas à ma connaissance. Nous avions tous la possibilité de nous exprimer.

 

Le CHV : Comment étaient définis les questions ou les thèmes ?

 

Mustapha LABIDI : Dans le groupe restreint dit « groupe Harkis » du premier jour, il n’y avait pas d’ordre du jour, mais nous abordions ensemble les questions inscrites à l’ordre du jour de la réunion du lendemain présidée par le Préfet CEAUX.

 

Le CHV : Aviez-vous le libre choix des thèmes de travail ? Était-ce libre de parole ou de proposition ou avez-vous le sentiment que tout était ficelé d’avance ?

 

Mustapha LABIDI : Si l’expression de chacun des membres du groupe était libre, nous n’avions pas le choix de l’ordre du jour et des thèmes à aborder. Ils étaient imposés et prévus d’avance.

 

Le CHV : La description de l’histoire des Harkis, reprise au Rapport CEAUX, révèle certaines inexactitudes ou des réalités travesties. Comment cet historique a-t-il été rédigé ?

Était-ce un texte préconçu ? Était-il soumis à la validation du GT ?

 

Mustapha LABIDI : Ils nous ont plusieurs fois donné des chiffres et listé les mesures d’aides aux Harkis.

C’était effectivement un historique établi d’avance. Nous avons reçu lecture de certains éléments de cet historique et avons fait part de notre désaccord, en particulier sur les chiffres et les bilans des mesures précédemment mises en place. Nous avons été écoutés, mais n’avons malheureusement pas été entendus sur ces points. Nous avons été mis devant le fait accompli, et il n’y a avait pas d’impartialité.

 

Ils ne faisaient que tourner autour du volet mémoriel, et autour des aides mises en place par le passé, mais jamais sur la réparation que nous voulons. Financièrement ils ne nous disaient pas « on a tant, qu’est-ce qu’on fait avec ? ».  Ils nous ressassaient constamment le chiffre de 10 millions d’euros, sans nous expliquer comment ils pouvaient ou ils allaient les employer.

 

Le CHV : Vous voulez parler de 10 millions d’euros annuels ?

 

Mustapha LABIDI : Oui, annuels.  Alors qu’il aurait fallu parler en milliards d’euros. Que peuvent faire ces modiques 10 millions d’euros pour l’ensemble de la communauté Harkie ?

 

 

Le CHV : Comment ont été définies les 56 propositions reprises au rapport CEAUX ?

 

Mustapha LABIDI : Nous avons découvert l’existence de ces 56 propositions en même temps que tout le monde : lors de la publication du rapport CEAUX.

Elles ont été définies par le rapporteur, le préfet CEAUX, et le ministère des Armées. Nous n’avons eu aucun compte-rendu sur ces propositions, et nous n’avons pas été associés à leur rédaction.

 

Seuls quelques sujets que nous avons tenus à aborder se retrouvent plus ou moins dans seulement une de ces propositions : le rachat de trimestres pour la retraite.

Nous avons demandé d’étendre le bénéfice de ce dispositif aux membres de la communauté ayant été hébergés dans les hameaux de forestage, car il était limité à ceux ayant séjourné dans les camps.

 

 

Le CHV : Comme vous le savez, la proposition n°43 a donné lieu à la parution du décret du 28 décembre 2018 prononçant des mesures d’aides sociales au bénéfice de la deuxième génération de Harkis, dont vous faites d’ailleurs partie. Comment percevez-vous ce décret ?

 

Mustapha LABIDI : Nous n’avons jamais formulé une telle proposition, et nous n’étions pas d’accord, et l’avons dit ! Cela laissait entendre qu’il n’y aurait pas d’indemnisation en réparation des préjudices. Nous avons d’ailleurs failli quitter la table de travail, car dans ces conditions, ce n’était pas la peine de créer un groupe de travail. En somme, tout est ficelé depuis le départ, et le groupe de travail n’a servi à rien.

 

Evidemment, je ne n’adhère pas à ce dispositif. Cela ne correspond absolument pas à ce que nous souhaitions, c’est-à-dire, des réelles mesures de réparation de nos préjudices.

 

Le CHV : En définitive, quel bilan tirez-vous de votre participation au groupe de travail ou de la participation des membres de la communauté Harkie ?

 

Mustapha LABIDI : Sur le plan personnel, cela reste une expérience de vie. Sur le plan des objectifs que nous avions au départ, ce groupe de travail n’a servi à rien. Le bilan est donc négatif, car nous parlions de réparation et eux parlaient d’autre chose, le bilan n’est pas du tout satisfaisant.

 

Le CHV : Avez-vous le sentiment d’avoir pu apporter votre pierre à l’édifice ou au contraire d’avoir uniquement fait acte de présence ?

 

Mustapha LABIDI : J’ai vraiment l’impression d’avoir fait acte de présence, car rien n’a pu être décidé avec nous. Rien de ce que nous avons discuté n’a été repris.

Le groupe de travail n’a servi à rien. C’était simplement un effet d’annonce.

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