FRANCE - ALGERIE

BENJAMIN STORA OCCULTE UNE PARTIE DE L'HISTOIRE 

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Rapport STORA,

les Harkis condamnés à être les oubliés de l’histoire

C’est l’amère conclusion qui découle de la lecture du rapport de l’historien Benjamin STORA, commande politique du Président de la République.

 

Parmi les 160 pages que compte ce rapport, l’auteur nous livre sa vision des conséquences de la guerre d’Algérie, des deux côtés de la Méditerranée, l’historique de la colonisation, et les conditions douloureuses de la décolonisation.

 

Or, ce rapport est la résultante d’un travail

individuel et d’une vision toute personnelle

de l’historien, avec ses idées politiques,

fortement imprégnées à gauche, et donc

un manque total d’objectivité au moins

en ce qui concerne la communauté Harkie,

et plus généralement quant à l’idée de

l’Algérie pré et postcoloniale.

 

Ce rapport est un exercice qui pèche, d’abord, par manque de concertation. Il aurait mérité un travail de collaboration avec des historiens aux expériences et connaissances diversifiées. Il s’agit en effet d’un sujet éminemment sensible et complexe, qui suscite trop de controverses et divergences sur la réalité historique pour être abordé par un seul homme et sous l’angle de sa seule vision, critiquable de surcroît.

Mais avant tout, ce rapport aurait dû associer les acteurs principaux, ceux dont la douleur reste grande et qui sont les mieux placés pour dire quelles mesures pourraient conduire sur le chemin de la réconciliation.

 

Le deuxième écueil réside dans la nature et le sens même des propositions censées aboutir à une réconciliation. Benjamin STORA a fait le choix de se concentrer sur « la question des archives, le problème des "disparus", les formes de caractérisation du fait colonial, et l’importance des images ».

 

Les préconisations consistent pour l’essentiel à immortaliser certains acteurs historiques de la Guerre d’Algérie, à travailler sur les archives ou à organiser des commémorations ou des évènements autour de ces commémorations.

 

Quelle place pour les Harkis ? AUCUNE ! A nouveau, les sacrifices et la douleur endurés par les Harkis sont passés sous silence. L’histoire doit à nouveau s’écrire sans eux ! Comme si l’engagement de nos pères n’était pas digne de figurer dans les pages de l’histoire ! Comme si les souffrances de ces familles déracinées et maltraitées sur le sol métropolitain n’avaient jamais existé !

 

Les mesures préconisées par Benjamin STORA ne sauraient constituer un remède à la souffrance endurée par toute une population déracinée, puis meurtrie par les conditions inhumaines d’accueil en métropole.

 

L’histoire des Harkis, leur engagement, leur abandon par la France, leur massacre, leur déracinement, et leur isolement imposé à l’écart de la population… sont une tranche de l’histoire qui ne doit pas être occultée ou évoquée du bout des lèvres, car dans tout conflit, avant de se réconcilier, il y a le temps de la vérité.

 

Le rapport de Benjamin STORA est honteusement taisant sur cette nécessaire vérité sur les HARKIS.

Or, ce n’est qu’en faisant jaillir la vérité, qu’en reconnaissant formellement la responsabilité de la France dans le massacre des Harkis et les conditions inhumaines de vie dans les camps et hameaux de forestage, que la population Harkie pourra panser ses plaies.

 

Certes la question mémorielle est importante. Le Conseil des Harkis du Var y a fortement œuvré et y œuvre encore.

 

Il est toutefois important que le devoir de mémoire ne soit pas sélectif. Nous ne pouvons concevoir que la mémoire des Harkis se limite à une unique journée de commémoration le 25 septembre, et à un astérisque en marge de l’histoire de l’Algérie. L’œuvre des Harkis pour la Nation française a toute sa place sur le terrain historique national. A ce titre, le Conseil des Harkis du Var aurait souhaité l'évocation de l’émérite Bachaga Boualam comme figure symbolique. Ce chef militaire, commandeur de la Légion d’Honneur, qui de 1958 à 1962, fut quatre fois vice-président de l'Assemblée Nationale.

Cette évocation symboliserait une forme de reconnaissance historique et une marque de respect à l’attention des Harkis.

 

Benjamin STORA évoque par ailleurs un travail sur les archives. Là encore, les Harkis sont honteusement occultés. Rien sur les chiffres concernant les Harkis : le nombre d’engagées, les familles impactées, les massacres perpétrés, les lâches abandons…

 

La population Harkie n’est cependant pas dupe. L’histoire des Harkis sonne comme un mot tabou dans le processus de réconciliation avec l’Algérie. Nous comprenons en effet, et B. STORA y fait référence, que se dressent sur le chemin de cette vérité, des intérêts essentiellement économiques, et d’autres géopolitiques, éminemment plus importants aux yeux de nos dirigeants qui ne prendront pas le risque de froisser des susceptibilités…

 

Il est donc clair que l’Etat Français n’est pas disposé à écrire l’histoire avec les Harkis, l’histoire avec toutes ses vérités, fussent-elles incommodantes. Cette vérité est la condition préalable incontournable à la reconstruction, et doit s’accompagner de la reconnaissance officielle de la responsabilité de la France sur le sort des Harkis.

 

Il revient donc à l’Etat Français de régler d’abord le problème en interne, et reconnaitre la vérité historique auprès de ses propres concitoyens Harkis, avant d’envisager une main tendue vers l’autre côté de la Méditerranée.

 

C’est pourquoi, nous sentons bien que cette réconciliation est un effet d’annonce qui ne trouvera aucune concrétisation, car pour nous, il ne peut y avoir de réconciliation sans VERITE sur notre histoire.

 

Alors, cessons de nous jeter de la poudre aux yeux par des rapports et commissions censés solder les conséquences néfastes de la guerre d’Algérie, et commençons par le commencement : rétablir la réalité historique sur les Harkis et reconnaître la responsabilité de la France sur le sort qui leur a été infligé.

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Photo - Var Matin

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